There is a war going on for your mind

Mes chers amis,

Ces 96 heures ont été pleines de rebondissements, de changements, de dangers et aussi de célébrations. Mais maintenant que le lit de la rivière s’est calmée, même s’il on y voit un peu plus clair, on est loin de la transparence, et la situation nous appelle plus que jamais à la vigilance.

Ce qui va se passer dans les prochains jours voir les prochaines heures, va modeler la Tunisie de demain. Nous devons faire attention à ne pas repasser par la case départ et réitérer les erreurs du passé.

Après les premières confusions crées par l’état d’urgence, les pillages et les meurtres, on a une meilleure idée de qui est qui, et sur l’énormité du plan d’urgence élaboré par les proches de Ben Ali. Un plan de destruction massive en vue de stimuler un chaos sans précédant comme le montre si bien l’article suivant, paru sur le site du journal « Le Monde »

Si ce plan là ne semble pas réussir grâce à la responsabilité des tunisiens et de l’armée Tunisienne, nous n’avons n’a pas la moindre idée sur les autres plans que pourraient concocter les forces hostiles à une Tunisie démocratique, responsable et libre.

Il est temps de prendre nos responsabilités et de veiller à ne pas se faire manipuler dans un sens ou dans l’autre. Il est temps d’arrêter de poster tout et n’importe quoi sur facebook et twitter. Il faut revenir aux habitudes que nous avons pris ces quatre dernières semaines et par lesquelles nous avons créé l’histoire. Nous devons continuer à utiliser l’incroyable moyen de communication que sont les réseaux sociaux pour réussir une transition démocratique et républicaine.

Il est impératif que le peuple Tunisien soit bien informé et que la bonne information parvienne à tout le monde. Encouragez vos amis à arrêter de partager les vidéos superflues et de commencer une campagne d’information sur la réalité politique en Tunisie :

Que se passe-t-il exactement autour de nous ?

Quels sont les dessous de ces évènements ?

Qui sont les différents partis  présents sur la scène politique ?

Quelles sont leurs directions politiques ?

Quelles sont leurs positions par rapport aux dossiers chauds du passé, du présent et du futur ? Et qui sont les leaders qui les représentent ?

Aucune des transitions similaires à celle que vit la Tunisie aujourd’hui n’a été facile. L’histoire ne tarit pas d’exemples et de leçons. Je pense à la révolution Française, au Franquisme, Juan Carlos et le basculement de l’Espagne vers la démocratie, l’écroulement de l’ex bloc soviétique, etc.

Exprimons nous, écrivons, partageons, Il est de notre responsabilité de prendre le relais dans la démocratisation de la Tunisie et à « élever le niveau du peuple»  comme disait Habib Bourguiba. Et si Bourguiba a omis que l’élévation du citoyen passait inexorablement par la démocratie, la justice et l’égalité, nous, la génération Y Tunisienne, émancipée et consciente, ne l’oublierons pas.

« There is a war going on for your mind » so «  fight with tools » because « We’re the architects of our last stand» *

A.

* Flobots – Fight with tools

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Démocratie, hypocrisie et des pelles pour tous

Les Tunisiens forment un peuple rêvé pour tout homme politique. Habitants d’un État moderne dont le modèle économique est une référence pour la région, ils bénéficient d’une politique centrée sur l’éducation et qui en fait une perle du monde arabe et de l’Afrique… l’atout majeur de ce peuple est qu’il vient livré avec l’option « Je te raconte toutes les salades possibles et inimaginables… tu les goberas, et sans discussions s’il te plaît ».

Selon le gouvernement tunisien, le peuple en Tunisie, est éduqué, conscient mais en même temps il peut tout gober. Telle est la stratégie de communication officielle en Tunisie, peu importe ce que vous voyez sur les vidéos amateurs, ou sur les télévisions étrangères, vous devez nous croire nous, et notre télévision pourpre appelée Tunis7. A entendre Zine El Abidine Ben Ali, ou ZABA pour faire court, les manifestations quotidiennes en Tunisie ne sont pas du tout spontanées et ne reflètent pas la situation économique et sociale du pays et encore moins la frustration de tout un peuple.

Déjà dans son premier discours, ZABA a joué la carte usée des éléments étrangers jaloux des acquis de la Tunisie. Il a fustigé Al Jazeera, brandi l’éventail des islamistes cachés derrière tout ça et n’a pas manqué de menacer avec fermeté les manifestants. Mais hier, lors de son dernier discours, il a fait encore plus fort en traitant les manifestants de bandes de terroristes cagoulés, de marginaux à la solde « d’un groupuscule d’éléments hostiles qui s’offusquent de la réussite de la Tunisie et qui sont remplis d’animosité et de griefs”.

Sous la lumière de ce discours éclairant, Il est intéressant de faire un parallèle avec l’Algérie qui a connu des troubles similaires. En Algérie, les jeunes en colère à l’origine des troubles n’ont pas hésité à recourir à la violence face à une police souhaitant limiter les dégâts. Au contraire, en Tunisie, les manifestations de rues étaient spontanées et pacifistes, face à une police violente et répressive. Toutes les manifestations, même celles des avocats et des syndicalistes, ont été violemment réprimées, laissant plusieurs blessés, hommes et femmes confondus.

Après les premières menaces de ZABA, la police a haussé le ton, utilisant même des balles réelles en premier recours et visant le haut du corps des manifestants. Soyons clairs, ils tirent pour tuer. Face à un tel comportement inhumain et irresponsable, la colère de la rue ne peut que monter. Les foules sont exacerbées, leur président se moque d’eux, les traite de terroristes, et la police leur tire dessus avec impunité. Il leur promet de créer 50.000 emplois immédiatement et puis 300.000 autres d’ici 2012. La bourse en chute libre depuis quelques jours ne semble pas être d’accord avec ces promesses. Elles sont d’autant plus difficiles à réaliser dans une économie criblée par le clientélisme, la corruption et le sentiment d’insécurité des entrepreneurs, comme le décrit si bien cet ancien député du parti au pouvoir, pris de remords face aux récents événements sanglants.

Monsieur le président, Messieurs les policiers,

Vous devriez être fiers du comportement de la rue en Tunisie et de la retenue qu’ont montré les manifestants. Les épisodes violents ne sont que marginaux et sont souvent l’œuvre de la provocation policière. Comme à Kasserine et Thala où les policiers ont tiré sur des cortèges funèbres. A Kasserine, des corps transpercés de balles ont été retrouvés dans l’oued et au commissariat de la police où les policiers ont refusé de les rendre à leurs familles… Des images et des vidéos sanglantes pullulent sur les réseaux sociaux… et malgré toute cette violence, la rue a refusé à plusieurs reprises de répondre aux provocations de la police, comme ici au centre ville de Tunis où les manifestants ont levé les bras en l’air en signe de refus de violence.

Les forces armées déployées autour des villes connaissant des incidents violents (centre ouest) ont dû s’interposer entre les forces de police et les habitants pour éviter des dégâts humains encore plus importants. Des vidéos amateurs montrent la joie des habitants à la vue de l’armée en espérant qu’elle les sauve de la barbarie des policiers.

Mr Frédéric Mitterrand, Ministre français de la culture et de la communication , n’a probablement pas vu ces documents pour oser déclarer que la Tunisie n’est pas une « dictature univoque ». Je suis d’ailleurs curieux de connaître la définition de dictature univoque selon Mr Mitterrand. A ce que je crois en comprendre, un régime policier, violent, corrompu jusqu’à la moelle, refusant tout soupçon de liberté d’expression et continuant à vivre dans des rêves pourpres ne correspond pas à cette catégorie. Son collègue, Bruno Le Maire, semble être d’accord avec lui puisqu’il refuse de qualifier le régime Tunisien, et déclare que ZABA est souvent mal compris.

Que dire ? L’hypocrisie du gouvernement français est accablante, les membres du gouvernement de “la patrie des droits de l’homme” font bien honneur à leur président dans ce domaine.

Mesdames et Messieurs les politiciens occidentaux,

A vous en croire, vous êtes imprégnés par la culture des lumières, par la démocratie et le respect des institutions. Vous êtes des humanistes, vous le criez haut et fort à chaque occasion. Vous êtes par contre incapables de pointer du doigt un assassin et sa mafia sanguinaire. En réalité, vous n’êtes que des hypocrites, vous êtes complices de tous ces meurtres, vous êtes les complices de Zinochet, vous êtes des néo-colonialistes et vous devriez en avoir honte.

ZABA n’est pas un rempart contre l’islamisme, au contraire, il l’attise par la marginalisation de toute une jeunesse frustrée. Il n’est pas le fer de lance d’une économie saine  au Maghreb, au contraire, il a mis l’économie tunisienne à genoux. Les entrepreneurs n’ont plus confiance en une économie où ils sont la cible des rackets d’une mafia sans dieu ni maitre, où la justice n’est pas libre et où le clientélisme et la corruption sont les maîtres mots.

Non, les tunisiens ne sont pas des sauvages immatures incapables de se gouverner. La rue vous l’a prouvé et continue à vous le prouver malgré les intimidations continues… 2500 agents quadrillent le centre ville de Tunis au moment où j’écris ces quelques misérables lignes, ils tabassent des manifestants pacifistes après les avoir isolés dans des petites rues, artistes compris…

Ben Ali et ses hommes de main ont déjà étouffé des soulèvements régionaux en 2008 et 2009… mais là c’est le pays entier qui se lève… s’ils continuent sur ce modèle ce sera la tragédie…

Vous serez tous responsables des morts qui vont suivre, mais ce n’est pas grave, votre attitude vient sûrement livrée avec l’option “autruche”. Il vous suffit d’acheter une bonne pelle, elle pourra vous servir pour vous enfuir la tête sur les belles plages de sable fin d’Hammamet, pendant que les Tunisiens eux fredonnent… This morning I woke up in a curfew… Oh god, I was a prisoner, too… Could not recognize the faces standing over me… They were all dressed in uniforms of brutality…

A.

😦

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Censure Vs fondamentalisme

Je voudrais réagir par rapport à un thème qui me tient beaucoup à cœur : le modèle socioculturel tunisien. La Tunisie, un pays d’Afrique du Nord avec une population de confession majoritairement musulmane, est un pays caractérisé par son ouverture et sa modération.

Ce sont des acquis datant de l’Indépendance sous l’impulsion des penseurs et politiciens tunisiens de l’époque, avec à leur tête Tahar Haddad et Habib Bourguiba. C’est ainsi que la nouvelle Tunisie, libre et indépendante, a été imprégnée par ces pensées modernes et progressistes.

La Tunisie est un pays où la femme est émancipée, où le Code du statut personnel promulgué en 1956 lui garanti d’être l’égale de l’homme, dans la législation et, jusqu’à un certain égard, dans la pratique. C’est un des rares pays musulmans où la polygamie est interdite alors que le divorce et l’avortement sont autorisés.

L’éducation et le processus de modernisation du pays, priorités de Bouguiba, premier Président de la Tunisie, ont fait son exception culturelle et ses valeurs de respect et d’ouverture. C’est un pays ouvert sur l’Occident, sur les idées et les modes de vie différents.

Malheureusement, la Tunisie de nos jours n’est pas la Tunisie que j’ai connue enfant et adolescent… Je remarque qu’aujourd’hui ce modèle est légèrement mis en cause par une partie de la société tunisienne avec un retour vers des valeurs plus conservatrices et plus ancrées dans une certaine tradition.

Une des raisons possibles est la prolifération des chaines satellitaires religieuses prêchant la « bonne » parole, à l’instar du prêcheur vedette Amr Khaled. La chaine satellitaire Al Jazeera a aussi été pointée du doigt, associée à des mouvements islamistes et accusée de manipuler les foules en vue de détruire le modèle tunisien.

Bien que ce soit en partie vrai, je me dois de constater que les mutations de la société tunisienne ne sont pas seulement l’œuvre des chaines satellitaires Arabes, Al Jazeera et autres chaines islamistes.

Personnellement, je pense que la cause principale de la dégradation du modèle sociétal tunisien est l’instauration de la culture de la pensée unique, de la censure et de l’autocensure.

J’ai déjà écrit sur le sujet en 2006, souhaitant des réformes dans les pays arabes afin de contrer l’avancée du fondamentalisme islamiste. Malheureusement, peu d’efforts ont été fournis à ce sujet.

Le rempart idéal contre les idées obscurantistes et fondamentalistes est l’ouverture. Il faut permettre aux gens d’apprendre à penser par eux même, à s’exprimer et à respecter les idées et les argumentations de l’autre.

Mais comment peut-on apprendre à tolérer l’autre lorsqu’on n’a pas le droit de s’exprimer ?

La culture et la créativité élargissent les horizons de la pensée, elles ne peuvent pas évoluer dans un environnement restreint par la peur et le doute. Comment veut-on qu’un artiste s’exprime lorsqu’il a peur ? Ou lorsqu’il ne peut pas s’exprimer sur les sujets qui lui tiennent le plus à cœur, ceux qui découlent de son vécu, de son environnement direct. La créativité ne cohabite pas avec la censure.

Comment veut-on que la jeunesse du 21ème siècle se développe et s’émancipe lorsqu’on ne leur permet pas d’accéder librement à l’information et à la connaissance ? Cette censure systématique de l’internet ne provoque pas seulement une fracture numérique, mais une fracture intellectuelle tout court.

A quoi servent les diplômes lorsqu’on ne sait pas avoir une discussion ouverte et tolérante ? Lorsqu’on ne sait pas adopter une certaine logique de pensées, lorsqu’on a ses idées gravées dans la roche, ou lorsqu’on dit « de toute façon ça ne sert à rien d’en discuter » ?

L’ouverture, le dialogue, la culture et l’indépendance de la justice sont des composantes essentielles à toute société civile. Si elles viennent à manquer le chemin est ouvert aux fondamentalistes pour occuper ces espaces vides et léthargiques appelés cerveaux.

Je n’ai jamais vu autant de femmes voilées en Tunisie de ma vie. Petit, seules les grands mères dans mon entourage se voilaient la tête, plus par tradition et calcul  que par croyance profonde.

Aujourd’hui, les femmes se baignent voilées, en robe sur les plages de la Tunisie, chose impensable il y’a quelques années. Ça me rappelle une série de photos de fin d’année prises dans une faculté en Egypte, représentant l’évolution des mœurs dans ce pays partageant beaucoup de similitudes avec la Tunisie. Si jusqu’à la fin des années 70 on ne voit aucune femme voilée, en 2004 elles le sont presque toutes… La même image me revient lorsque je regarde les photos de ma mère jeune, et quand je confronte mes souvenirs avec ce que je vois maintenant autour de moi…

Aujourd’hui en Tunisie, la population s’attaque aux actrices, réalisateurs et autres intellectuels parce qu’ils ont osé créer, osé la différence. Dur d’être créateur en Tunisie, pris entre le marteau et l’enclume… ou comme dirait Tarek Ibn Zyed à Gibraltar : « Oh gens ! où est l’échappatoire ? La mer est derrière vous et l’ennemi est devant vous, et vous n’avez, par Dieu, que la sincérité et la patience. »

Ou l’Exodus…

A.

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“Dorénavant, on n’a plus peur” !!!!! لا خوف بعد اليوم

Cette phrase, aperçue sur une pancarte lors d’une manifestation des avocats Tunisiens devant la Cour de Justice de Tunis, résume parfaitement le sentiment de beaucoup de Tunisiens aujourd’hui.

Nous vivons une période historique pour les Tunisiens, qui habitués au silence, à la peur et au conformisme depuis des décennies prennent enfin leur destin en main. La résistance face à l’occupant français et les promesses de construction d’un état souverain et démocratique a laissé place à un président à vie, un parti unique et à une élite dépendante du pouvoir centrale. Un schéma comparable à la vie d’un palais, avec un roi, une cour, une reine et puis une autre…

La promesse de changement survenue le 07 Novembre 1987 s’est rapidement transformée en une autre vie de cour. On a pris les mêmes (ou presque) et on a recommencé. On a changé le nom du parti, son orientation politique (de gauche vers la droite) mais on a gardé la même poigne de fer pour dompter la population et écarter toute menace politique qui viendrait déranger le cours tranquille du fleuve rouge devenu mauve en cours de route.

Ceci nous ramène à la personnalité du Tunisien type construite sur des décennies. Le Tunisien ne veut pas déranger, il veut se construire une petite place, garantir son salaire, acheter une maison, et idéalement une voiture. Et voilà, tout ce qui se passe en dehors de ce cercle, ne le concerne pas directement.

Ceux qui s’aventurent en dehors de ce cadre de vie idéal, il y a le ministère de l’intérieur pour s’occuper d’eux. La police régulière et surtout la police politique sont au taquet pour dissuader quiconque ose se hasarder en dehors de la tanière. Un schéma Orwellien parfait !

Le peu de journalistes étrangers qui se sont penchés sur les évènements des deux dernières semaines se sont accordés à dire que ce qu’on voit en Tunisie aujourd’hui est exceptionnel. La Tunisie, un état policier reconnu internationalement et bien fière de l’être n’a pas l’habitude de vivre des émeutes similaires.

La dernière fois que le peuple s’est soulevé massivement et spontanément sans être motivé par des raisons religieuses ou pour soutenir les Palestiniens ou les Irakiens… c’était sous Bourguiba, les bien fameuses révoltes du pain.

Qu’a fait Bourguiba face à cette situation ? Il s’est adressé au peuple, s’est excusé publiquement et a promis des changements concrets.

Je ne fais en aucun cas les éloges de Bourguiba, car il a une trop grande responsabilité à assumer dans la situation actuelle de la Tunisie. Ceci dit, la comparaison entre son approche et celle du président actuel, Zine El Abidine Ben Ali est très intéressante.

Ben Ali, s’est adressé hier au peuple tunisien en direct, chose exceptionnelle. Ses apparitions sont généralement bien préparées avec un discours bien léché et une horde d’applaudisseurs dans la salle. Tous ses discours sont généralement très visionnaires et jouissent du support de toute la salle qui l’interrompt à chaque phrase pour scander des « Vive Ben Ali » interminables…

Le discours a duré 7 minutes et 7 secondes. Une pathétique allusion au célèbre 7  symbole du pouvoir en place pour nous rappeler la date « du changement béni » du 07 Novembre 1987. Si ce n’est pas le cas alors c’est une géniale coïncidence…

Ben Ali s’adresse à la population en un arabe littéraire inaccessible, contrairement à Bourguiba qui s’est toujours exprimé en tunisien parlé. Le Tunisien lambda en quête d’explications, curieux de savoir comment le président de la république va réagir à des émeutes qui menacent la stabilité du pays, doit se farcir des tournures de phrases ambigües et un discours fidèle à l’orientation du parti et à sa liste de mots clefs « pertinents ».

Cela reflète clairement la déconnexion du pouvoir en place de la réalité même en des temps aussi sensibles.

Le seul mot bien clair a été « بحزم» qu’on peut traduire par « avec fermeté ». Ben Ali a promis que ses forces de l’ordre seront fermes avec la minorité de fauteurs de troubles sortis dans les rues pour déstabiliser le pays.

Ceci est fortement représentatif de l’orientation sécuritaire et politique du gouvernement Tunisien. Ben Ali est incapable de reconnaître la dimension spontanée de la révolte des chômeurs. Il ne veut pas admettre que ce sont des femmes et des hommes ordinaires qui en ont ras le bol, qui en ont marre.

Il a d’ailleurs précisé que les suicides et immolations par le feu étaient des cas isolés d’individus faibles psychologiquement face au désarroi du chômage, bien qu’il sympathise avec leurs familles et avec tous les chômeurs tunisiens… Quelle cruauté en direct live !

La deuxième dimension importante est la répression qu’il a promise et que ses sbires ont commencé à appliquer le soir même, clef du message télévisé présidentiel. Qu’espérer de mieux d’un état policier aussi rigide que celui de Téhéran ? Il l’a dit clairement : We’re coming at you wherever you are young bastards !

La décrédibilisation des événements de rue et les promesses de répression ne vont pas sans la troisième composante omniprésente dans les communications officielles : le dénigrement de toute source d’information critiquant la Tunisie. Questa volta tocca a al Jazeera, coupable d’avoir mentionné les troubles en Tunisie et d’avoir donné une tribune aux journalistes indépendants ou autres opposants politiques pour s’exprimer.

Et ce n’est pas fini… Suite au discours, on a du se farcir un JT digne des heures de gloire de la propagande soviétique. Les mots clefs ont été bien compris et bien distribués sur la population interviewée spontanément dans les rues. Les parlementaires et autres représentants du RCD (Rassemblement Constitutionnel Démocratique) se sont eux intéressés en long et en large au cas d’Al Jazeera coupable de tous les maux qui touchent la Tunisie

La rapidité de mise en place de ce plan de communication d’urgence est quand même impressionnante, ils ont juste attendu 12 jours pour nous illuminer.

Demander de l’aide à Gaddafi, autre dictateur notoire qui de plus est couvert de ridicule à chaque apparition, n’y changera rien. Cette assistance respiratoire à une économie criblée par la corruption et le clientélisme n’est pas la solution. Envoyer les Tunisiens à l’étranger n’est pas la solution, ils sont déjà bien dispersés en diaspora un peu partout dans le monde, légalement et illégalement…

Monsieur le Président, les Tunisiens ne sont pas dupes. Mêmes s’ils sont silencieux, dociles et malléables, ils ne sont pas dupes. Et aujourd’hui ils vous le disent haut et fort, on n’a plus peur. Les avocats sont sortis dans les rues pour vous le dire, les syndicalistes, les jeunes chômeurs, leurs familles, les bloggeurs, les twitteurs, les facebookeurs, tous vous disent on n’a plus peur et on ne veut plus être pris pour des cons…

Quoi qu’il se passe, on a atteint un palier de conscience et d’éveil du peuple tunisien, et il y aura certainement un avant et un après Sidi Bouzid …

Aujourd’hui, on est tous témoin d’un face à face historique entre la répression et la volonté spontanée d’un peuple de se libérer, de s’exprimer et de se prendre en main… qui le remportera ? Time will tell !

A.

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J’ai 31 ans et je n’ai jamais voté

J’ai 31 ans et je n’ai jamais voté. Cette phrase pourrait ressembler à une triste introduction lors d’une réunion d’alcooliques anonymes, mais non. Je suis Tunisien et je n’ai jamais joui de mon droit de vote comme tout citoyen d’un pays démocratique.

Personne ne m’a empêché de voter, je ne me suis jamais inscrit sur une liste électorale, et même quand on m’a inscrit à mon insu, j’ai fait la sourde oreille et je ne suis pas allé voter.  D’ailleurs je ne connais aucun jeune de mon entourage qui vote.

Ma raison est toute simple, je ne veux pas être un vote faussé de plus sur la route d’une élection remportée à 99,8%. J’ai vu les vrais partis d’opposition se voir refuser des candidats légitimes à la présidentielle, et se faire poser des bâtons dans les roues pour présenter des  listes aux législatives.

A leurs places, les candidats pantins foisonnaient. Je me rappelle d’un débat télévisé où un candidat à la présidentielle a déclaré que son ambition est de devenir un jour président d’une municipalité. A moins qu’il ne pense que la Tunisie soit une municipalité, je pense qu’il s’est présenté à la mauvaise élection. Sauf qu’il n’avait pas le choix, il devait faire partie de la photo de famille d’un pays où le multipartisme et la démocratie sont une réalité concrète.

Enfant, j’ai vu Bourguiba vieillissant sermonner la population au quotidien avant le journal télévisé. J’ai vu un jeune homme vigoureux présenter un discours révolutionnaire parlant d’une Tunisie nouvelle, une Tunisie où il n’y a pas  de place pour un président à vie ou un parti unique. Des promesses de changement, de développement, d’émancipation.  Un discours digne des grands hommes de l’histoire moderne.

J’ai vu les manifestations de rue du début des années 90, j’ai vu leur répression du balcon de ma chambre. Et puis j’ai vu l’évolution des unes des journaux, l’apparition de la première dame, les changements de constitution, les successions d’élections « libres » et la montée en puissance des familles princières…

J’ai vécu la censure, j’ai connu les solutions de bricolage pour accéder à un site ou l’autre, les proxys pour contourner les « 404 page not found ».

J’ai lu les articles sur l’harcèlement des opposants et les activistes des droits de l’homme. J’ai suivi les combats de la LTDH (Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme), celle des avocats, les exils, les emprisonnements, les tortures…

J’ai vu l’abrutissement de la population et la montée des pensées plus radicales. J’ai vu les gens s’enfuir dans la religion ou dans les bars pour se trouver une raison. J’ai vu une jeunesse schizophrène, conformiste, peureuse…

J’ai vu des voleurs, des corrompus, des racketeurs, des sous-fifres, des hommes de main… j’ai vécu le banditisme et le clientélisme…

J’ai vu la peur terrasser toute une population, j’ai vu les lavages de cerveaux au quotidien par les médias classiques, j’ai vu le conditionnement qu’a du faire cette population pour accepter sa réalité. J’ai vu des hommes libres se mentir à eux mêmes et prétendre que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

J’ai vu Jaques Chirac déclarer en Tunisie: “le premier des droits de l’homme c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat”, ajoutant que “de ce point de vue, il faut bien reconnaître que la Tunisie est très en avance sur beaucoup de pays”. “Il faut le souligner, nous avons chacun nos critères d’appréciation”.

J’en ai compris que les « bougnoules » n’ont pas besoin de démocratie, ils ont juste besoin de manger et de boire. La démocratie est une entreprise noble que seuls des peuples raffinés comme les Français sauront apprécier.

Nicolas Sarkozy n’a pas fait mieux, son premier déplacement officiel en tant que président a été pour le Maghreb Arabe où il a confirmé tous ses “amis” dans leurs pouvoirs avec des déclarations comme “ l’espace des libertés progresse en Tunisie »  alors que cet espace n’a jamais été aussi exigu et étouffant: Les représentants réels de la société civile sont pourchassés, leur associations mises hors la loi et infiltrés de l’intérieur par les agents du gouvernement: je pense à la LTDH, à la ligue des avocats, aux vrais partis politique de l’opposition muselés.

En étouffant la société civile de cette façon, la Tunisie n’entendait qu’un seul son de cloche, ne voyait qu’une couleur : le mauve, couleur du parti au pouvoir et symbole « d’excellence ».  Les médias nationaux, voix du parti au pouvoir n’ont jamais fait un seul effort de transparence. Et même si leurs mensonges sont de moins en moins crédibles, voir même irrespectueux de l’intelligence humaine la plus triviale, ils continuent à s’enfoncer dans leur ridicule. Nier les faits, décrédibiliser les médias étrangers ou indépendants, la politique de l’autruche et les mensonges sont monnaies courantes.

Et puis j’ai vu une jeunesse se réveiller. Une jeunesse refusant la tutelle des censeurs, et utilisant le web 2.0 pour s’émanciper. Les bloggeurs d’abord, narguant l’armée de l’ATI (Agence Tunisienne de l’Internet), défiant les oppresseurs et continuant à s’exprimer malgré la chute de leurs camarades bloggeurs dans les bras de la police politique.

Les blogs ont été censurés, tout comme youtube, dailymotion et pleins d’autres sites. Même la communication vocale sur internet (Voice over IP, Voip) y est passée un moment. Mais voilà que facebook devient le nouveau média roi, suivi par twitter… et petit à petit la communauté virtuelle Tunisienne s’est revigorée et a commencé à revendiquer son droit à une expression libre et honnête.

Des campagnes spontanées comme yizzi fok ou Ammar 404 ont sonné le glas de l’internet à la mode Tunisia 1.0. Mais nonobstant ces signes avant  coureurs, le régime Tunisien n’a pas compris qu’avec les technologies de communication modernes,  les médias sociaux et la mutation permanente de l’internet, toute tentative de censure est impossible. Censorship is dead baby !

Ils continuent à cacher la vérité à un peuple en demande de changement : Les évènements de Redeyef, gafsa, et le bassin minier. Aujourd’hui c’est Sidi Bouzid qui s’embrase suivi par des manifestations spontanées dans toute la Tunisie…

On nous a tellement fait comprendre que les Tunisiens n’étaient pas prêts à se prendre en main. Qu’il ne fallait pas s’aventurer dans la jungle démocratique au risque de vivre la même expérience que l’Algérie des années 90. Mais aujourd’hui c’est les Tunisiens qui réclament d’en finir avec cette tutelle.

Un état de ras le bol général touche toutes les couches sociales de la population et des gens ordinaires sortent à la rue pour s’exprimer… et petit à petit les langues se délient…

En espérant qu’un jour proche on puisse aller voter… librement…

“Then I’m radio and then I’m television… I’m (not) afraid of everyone, I’m (not) afraid of everyone”*

A.

* Adaptée légèrement de « I’m afraid of everyone » par « The National »

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A day at the parc, the PinkPop parc

Last Sunday I kicked off my festival season, I headed to Landgraaf, NL for the last day of PinkPop festival. I couldn’t secure the 3 days pass as they sold out in no time. P1030185

So all hyped up with the awesome line up of the day, I hit the road with my buddy Seb in his green old Citroen ZX, secretly praying it won’t break down somewhere half the way. 

 

Who is showing up today for my early birthday bash ? we got on the guest list Josh Homme and the Queens Of The Stone Age setting up the mood for the great Rage Against The Machine. I thought I would never see these guys live as they split up a few years ago but when I read they reformed for the Coachella festival my hopes

 revived and I kept an eye on their moves. So when they announced they were headlining the PinkPop festival I didn’t think twice, I needed my ticket for the June 1st show. 

 

To heat up the crowd until the studs of Seattle hit the stage and before the masters of Anarchy finish the job andP1030273 blow peoples minds we got: Serj Tankian, Fiction Plane, Gavin Degraw, Alanis Morissette, Cavalera Conspiracy, The Wombats, The Hives… 

 

Great kickoff, Fiction Plane start at the main stage on this beautiful day of June, the band is rocking and we are sitting on the grass for what felt like a nice day at the parc. We moved on next to the second stage where The Wombats english sound made us feel good.   

 

Gavin Degraw’s swing on the main stage kept the good vibes in the air, the sun is shining and the weather is sweet, we are taking the sun and happiness is all around. Little detail, we forgot to buy protection cream and soon found out that the sun is here to stay… at the end of the day I was red like a tomato.

 

The Cavalera brothers took on the second stage, but it looked like nobody told them it was a nice day at the parc as they brought on their supersonic tempo and their double kick drums. I stayed a little while, enough to witness an epileptic guy (I guess) collapse right in front of me, then another body laying on the floor, everyone around was calling for help… nothing much serious, but still… is this all Cavalera’s effect? not my thing, a little walk to the pyramid to watch Kate Nash and hide a bit from the sun was definitely a great idea. 

Followed Racoon, the Hives and Alanis Morissette who sent me back to my late teenage years. Cool stuff, but serious things are still in the works. We decided to skip Serj Tankian in order to save a good spot for QOTSA who rocked the house pretty well with some hard tunes like Sick Sick Sick played energetically. The concert was 

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awesome and the crowd around us would only agree with this statement. QOTSA did their job then left the stage the way they got to it: soberly, no encore despite the call of the crowd.

 

No resting time, people started piling for RATM and no one from those who were there left, we did the same ignoring the Counting Crows who headlined the second stage, I’ll see them in Werchter anyway. 

 

The long awaited RATM took their time to get on stage, the setup on the stage was pretty simple apart of two walls of massive speakers on both sides of the stage surrounding the band, man these guys like it loud, really loud. 

 

The crowd was getting impatient until a siren broke the roar and 4 Guantanamo Bay prisoners dressed in orange suites with hoods on their head walked on Stage. They were impressive facing the crowd while the sirens called for emergency. It was the silence before the hurricane, aka the riff of Bombtrack, “it’s just another bombtrack…yeah! It goes a-1, 2, 3… Hey yo, it’s just another Bombtrack…”

 

The crowd blasted at the first riff of Tom Morello and the whole festival ground turned into a massive mosh pit. P1030318I never saw such a level of energy, guys, girls, young and older all were into it. And it didn’t get any better when Morello started playing Bulls on Parade right after Bombtrack, with waves of people jumping and moshing to the powerful song riffs. 

All major RATM songs followed, with Morello driving people crazy with his riffs, tricks and untypical solos . Zach De la Rocha was pretty pumped up as well, he delivered a nice speech that galvanized people, a wake up call, right on time before the Wake up song. Talking about today’s generation, disrespected by politicians who believed it didn’t care, he called for awarness and immediate action : “what a better place than here, what a better place than now, WAKE UP”. 

 

With every song the atmosphere got more electric and more energy was poured into the crowd. I thought it was the climax of the night as they left the stage after a sensational wake up. But that was what I thought until the final shot: them coming back for Killing In The Name to close a one of a kind show. I was feeling the heat coming from the bodies around me, heated by the sun all day long and energized by RATM’s fury, the show ended on a loud MOTHERFUCKER shouted by more than 80.000 people who claim they won’t do what you tell them… if only it was true ! 

 

one word: Impressive !!!!

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Quelques grammes de finesse…

Something I enjoy in life is meeting new people and discovering new things. And it makes the encounter more special when it’s impromptu, unexpected…

That’s something great about Toronto, there I met great people in an unorthodox way (wink Lee-Anne). And in the same unusual way discovered two of my 2006 biggest coups de coeur: Amanda Martinez and the East Village Opera Company.

Amanda Martinez

It was during the Little Italy Street Festival on College Street right after a Brazil game DSC01876-1followed by a Brazilian fiesta in the streets of little Portugal. I walked back to college street to enjoy the food sold at the stands, watch the bands playing completely different types of music and share the crowd’s world cup frenzy.

I stopped at the first stage attracted by a nice adaptation of “Besame mucho”, a sweet voice accompanied by nice afro-cuban beats. The song that followed I didn’t know but I found myself swinging and singing the words of the verse that I quickly learnt, It was “Guajira Sola”. Eventually, I remained there till the end of the show as it was absolutely fascinating. In the mean time I was approached by a smiling young lady who gave me an invitation to the release party of Amanda’s first album, it was on my last night in Toronto, a week later. At the end of the show, I asked her for a picture, and told her that I’m convinced she will be a famous artist.

I was there at “the Drake hotel”, and I didn’t regret it. I was late, my friends were already in, It was packed and I couldn’t get in, so Veronica (the smiling girl) whispered a tip to me on how to avoid the crowd and get in from the back door… so I did 🙂

The show was great, after it was over, we stayed at the bar having drinks and chatting with Veronica, waiting for Amanda to sign my album.

Amanda is Canadian born to a Mexican father and South African mother, she was already established in a banking career when she decided to drop everything and live her passion for the music. It was the right decision, “Sola” her first album is captivating, hard to get out of the CD player. It includes a mix between Amanda’s songs: like the sexy “Cantame”, “Guajira Sola”, “Volar” the shivers giving ode to her adventurer father in the pursuit of his dreams and fabulous covers: the intense “La llorona”, the joyful “Gracias a la vida” and the poetic “Alfonsina y el mar”

Everyone I made listen to Amanda was charmed by her singing, her pure strong voice and the great arrangements on the album. Unfortunately Amanda is not widely distributed which is a pity as I believe her work can and should be a worldwide known treasure.

Looking forward for the second album, Amanda 😉

The East Village Opera Company
EastVillageOperaCompany
We were a bench of friends sitting at the beer garden of the Yonge street festival at the corner of Younge and Eglinton, taking it easy on that saturday summer night. I didn’t know who was on stage, all I know is that I left my friends to go closer to the stage, I was captivated by the heavy guitars, the strings and the captivating voices.

It was the East Village Opera Company (EVOC), a NY band that revisits opera classics, adding strings, heavy guitars, drums and new arrangements to the great voices of Tyley Ross and AnnMarie Milazzo making them more intense and powerful.

I lined up to buy their first CD “La donna”, As you put it to play you get the feel of the CD with the guitar riffs announcing “Vesti la giubba” from the Opera “Pagliacci”, my favourite piece of the album. I particularly like “Questa o quella”, “Una furtiva lagrima”, “Maria, Mari” and “La serenata”.

Even though I liked “La donna” I thought it was shy compared to what I heard from the band on stage. A few months later, as it was released, I ordered EVOC’s second album, and it turned out to be a masterpiece…

The arrangements were obviously more mature and audacious than in the first album. The addition of AnnMarie brought more intensity and energy to the mix and some duets on the album with Tyley are absolutely amazing. My favourites are Gianni Schicchi’s “O mio Babbino caro”, Dido and Arenas “When I am laid on earth”, La Wally’s “Ebben? ne andro lontana”, Turandot’s “Nessun Dorma” and Carmen’s “Habanera”.

What a bold way of editing these classics of opera, I closed my eyes more than ones and intensely felt the pain of Dido, the insecurity of the wally or the daring Calaf challenging death. I am sure their original creators wouldn’t find them outrageous, but definitely exquisite.

I feel lucky for discovering the East Village Opera Company and Amanda Martinez, unknown independent artists that should have a larger fan base, just for the good sake of spreading beauty in this world…

Pour savourer quelques grammes de finesse… dans ce monde de brutes.

A.

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